Le parcours de Léa Rouyet à la Maison Gassier, Cru Sainte-Victoire
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, nous avons interrogé Léa Rouyet, œnologue de la Maison Gassier. Située au pied de la montagne Sainte-Victoire, la Maison Gassier élabore des vins rosés et blancs bio en appellation Côtes de Provence et Côtes de Provence Cru Sainte-Victoire.
Originaire du Sud-Ouest, passionnée par la nature et engagée en faveur d’une viticulture durable, Léa incarne une nouvelle génération de femmes dans le secteur du vin : consciente des enjeux environnementaux, ambitieuse pour le vin rosé de gastronomie, et profondément attachée au terroir.
Dans cet entretien, elle nous raconte son parcours, sa vision du métier d’œnologue et son engagement pour un vin de Provence à la fois exigeant, responsable et inspiré.
Pouvez-vous nous raconter votre parcours et comment vous êtes arrivée à la Maison Gassier en tant qu’œnologue ? Quel est votre rôle aujourd’hui ?
Je suis originaire du Sud-Ouest, une région où la gastronomie, le bien-manger et la convivialité occupent une place centrale. Depuis toute petite, j’ai été fascinée par les repas de famille, les moments partagés autour d’une bonne table, et naturellement par le vin qui les accompagnait.
Au départ, je me suis orientée vers des études en agronomie, attirée par la compréhension du vivant, de l’agriculture et des cycles naturels. Pendant mon cursus à Perpignan, j’ai découvert la viticulture de manière concrète et immersive. Travailler sur une petite vigne, suivre la croissance de chaque cep, observer l’influence des terroirs, puis voir les raisins se transformer en vin m’a immédiatement passionnée. Cette approche complète, alliant culture, terroir et sciences de la transformation, correspondait parfaitement à mes envies.
« La vigne, c’est une aventure totale : on part d’un sol et d’un terroir, on cultive, on observe, on transforme… et au bout du chemin, on crée un vin. Cette globalité m’a tout de suite séduite. »
Après mon DUT, j’ai poursuivi mes études en école d’ingénieur agronome à Montpellier, spécialisée en viticulture. J’ai ensuite effectué mon stage de fin d’études au pôle développement durable du groupe Advini. Cette expérience m’a permis d’allier ma passion pour le vin avec mon engagement environnemental, en mettant l’accent sur la biodiversité et la durabilité.
J’ai ensuite enrichi mon expérience par un séjour en Nouvelle-Zélande, pour observer d’autres pratiques viticoles. Mais c’est en Provence que mon parcours a réellement pris un tournant : suivre mon conjoint dans la région m’a permis de découvrir la Maison Gassier et ses vignobles exceptionnels au pied de la montagne Sainte-Victoire. L’environnement, la qualité du terroir et l’ambition de la Maison Gassier pour le vin rosé premium et de gastronomie m’ont convaincue de m’y installer durablement.
« Le jour où je suis arrivée face à la montagne Sainte-Victoire, j’ai ressenti une inspiration immédiate. Être entourée par un paysage aussi majestueux influence profondément notre travail et notre créativité. »
Aujourd’hui, mon rôle chez Gassier est de piloter la vinification, d’accompagner la conduite du vignoble et d’assurer que chaque cuvée reflète nos valeurs de qualité, de plaisir et d’engagement durable, de la cuvée Gassier, en passant par Le Pas du Moine-350, aux vins d’élevage 946 et ELEVAE.
Un engagement pour une viticulture bio sur le terroir de la Sainte-Victoire

Vous avez grandi entourée par la nature. En quoi cet environnement a-t-il influencé votre regard sur la vigne et le vin aujourd’hui ?
Absolument. Nous faisons partie d’une génération charnière, qui se situe entre une viticulture plus intensive héritée du passé et une viticulture raisonnée, durable et respectueuse de l’environnement. Cela influence directement mes décisions au quotidien.
Chez Gassier, nous avons mis en place plusieurs pratiques : conversion biologique du vignoble, enherbement des rangs pour préserver la biodiversité et la fraîcheur des sols, limitation des traitements chimiques, régénération des sols et utilisation d’engrais enrichis en matière organique. Chaque décision s’inscrit dans une vision à long terme, car un sol ne se régénère pas en un an : les impacts se voient sur plusieurs générations.
« Quand on travaille sur le terroir de la Sainte-Victoire, entourée d’une biodiversité exceptionnelle, on ne peut pas se contenter de préserver : on veut accroître la vie, la richesse du sol, la santé des vignes. Tout ce que nous faisons vise à laisser un héritage durable. »
Ces principes influencent non seulement la viticulture mais aussi l’élaboration du vin, la sélection des cépages et le moment des vendanges. Chaque geste, même le plus petit qui a toute son importance, est pensé pour minimiser l’impact environnemental et valoriser le terroir.
Le rosé gastronomique : une nouvelle vision des vins de Provence

Vous avez rejoint la Maison Gassier en 2015. Qu’est-ce qui vous a convaincue de vous engager dans ce projet ?
Au-delà du cadre exceptionnel de la Sainte-Victoire, c’est la philosophie de la Maison Gassier qui m’a convaincue. La diversité des gammes, du vin plaisir – Gassier & Le Pas du Moine-350 – au vin rosé de gastronomie – 946 & ELEVAE –, offre un terrain de création immense. En tant qu’œnologue, cela permet d’explorer différentes techniques, de faire évoluer les pratiques de vinification et de s’adapter à chaque terroir.
« Ce qui m’a séduite chez Gassier, c’est cette liberté créative : chaque cuvée a ses propres exigences, et chacune offre une dégustation singulière. C’est un vrai terrain de jeu pour une œnologue passionnée. »
La Maison Gassier est également très ancrée dans son territoire. Travailler ici, sur des terroirs d’exception, avec un projet qui allie plaisir, gastronomie, culture et durabilité, correspond parfaitement à mes valeurs.
Votre regard sur le rosé a-t-il évolué ?
Oui, complètement. Avant d’arriver dans la Maison Gassier, j’associais le rosé à un vin d’été, simple et convivial, le fameux « rosé piscine ». Mais chez Gassier, j’ai découvert que le rosé pouvait atteindre la même complexité et la même finesse qu’un grand vin blanc ou rouge, capable d’accompagner un menu gastronomique.
« Le rosé n’est pas seulement un vin d’été. C’est un vin à part entière, capable de sublimer la gastronomie. Mon premier millésime ELEVAE 2016 a été une révélation : il a montré que le rosé pouvait être ambitieux, structuré et élégant. »
Cette vision a transformé ma façon de travailler, de concevoir les assemblages et de penser le potentiel des vignobles de Provence.
Adapter un vignoble bio au changement climatique

Face aux évolutions climatiques, quelles décisions ont profondément modifié votre manière de conduire un millésime ?
Le changement climatique n’impacte pas seulement un millésime : il transforme notre manière de concevoir la viticulture sur le long terme. Dès mon arrivée, nous avons ajusté nos pratiques : conversion en bio, enherbement, optimisation des engrais et de la matière organique, protection des sols, etc.
« La viticulture durable n’est pas un choix ponctuel, c’est une nécessité. Si nous n’anticipons pas les sécheresses, les chaleurs extrêmes et la pression sur les sols, il sera trop tard pour nos vignes. »
Il s’agit d’une réflexion stratégique sur des décennies, visant à adapter le vignoble aux nouvelles contraintes climatiques tout en préservant le goût et l’identité de nos vins.
Si vous vouliez laisser une trace de votre travail chez Gassier, qu’aimeriez-vous qu’on raconte de vous et de votre engagement au sein du domaine ?
Celle d’un engagement fort pour l’agroécologie et le développement durable. Je souhaite que mon passage soit associé à l’accompagnement et au prolongement de la mise en place de pratiques responsables, qui permettent aux générations futures de continuer à travailler dans un vignoble vivant et préservé.
Pensez-vous que le rôle d’un œnologue soit d’interpréter un terroir ou de le révéler sans intervenir davantage que nécessaire ?
Le terroir est déjà façonné par l’homme : le choix du sol, des cépages, des pratiques culturales. Mon rôle est d’accompagner cette expression tout en apportant ma patte. L’objectif est toujours de trouver l’équilibre entre authenticité et plaisir de dégustation.
« On ne peut pas laisser faire la nature à 100 %. L’homme fait partie du terroir. Mon travail consiste à guider et révéler, pour créer un vin qui soit à la fois fidèle au terroir et agréable à partager. »
La place des femmes dans le monde du vin
Comment vivez-vous votre place en tant que femme œnologue aujourd’hui ?
Au début, c’était parfois difficile : la viticulture reste un milieu traditionnel, très masculin. Mais j’ai vu les choses évoluer en une décennie : de plus en plus de femmes occupent des postes dans le vin, que ce soit dans les études, les stages ou les équipes professionnelles. La nouvelle génération change le paysage. Aujourd’hui, les femmes prennent leur place, avec compétence et confiance, et font évoluer un monde longtemps très masculin.
Que représente pour vous la Journée internationale des droits des femmes ?
C’est un moment de rappel, pour célébrer les avancées et réfléchir à ce qui reste à accomplir. C’est l’occasion de mettre la femme au centre des conversations et de souligner son rôle dans la société et le monde du travail.
« À l’échelle de l’histoire, les femmes ont commencé à prendre leur place très récemment. Cette journée nous rappelle tout ce qui a été fait et tout ce qu’il reste à faire. »